À Lorient, une nouvelle méthode de sensibilisation à l’intelligence artificielle fait son entrée dans les entreprises et les collectivités. L’objectif : permettre aux équipes de mieux comprendre ce que l’IA change concrètement dans les métiers, de débattre de ses impacts, et d’adopter des usages plus responsables. Une démarche collaborative, ludique et structurée, baptisée La Fresque de l’IA, proposée pour la première fois à Lorient.
Dans les salles de réunion, le sujet revient de plus en plus souvent. L’intelligence artificielle promet des gains de productivité, de nouveaux services, des contenus générés en quelques secondes… mais elle provoque aussi des inquiétudes : sur la confidentialité, les biais, l’impact environnemental, la place de l’humain dans la décision.
À Lorient, une initiative propose de sortir du face-à-face “fascination ou peur” en installant un cadre collectif : La Fresque de l’IA, un atelier conçu pour que les organisations puissent comprendre l’IA, sans jargon, et surtout sans se raconter d’histoires.
Un atelier pour “se poser les bonnes questions avant de déployer”
Dans une salle, les participants s’installent en petits groupes autour d’une table. Pas de cours magistral, pas de démonstration spectaculaire. Ici, on manipule des cartes, on construit une fresque, on discute, on confronte des points de vue.
Pendant deux à trois heures, les équipes abordent les fondamentaux : ce qu’est réellement l’IA, ce que fait l’IA générative, ce que signifie “halluciner”, pourquoi les biais apparaissent, ce que l’on peut confier à un système et ce qui doit rester sous responsabilité humaine.
« L’idée, ce n’est pas de dire “l’IA c’est génial” ou “l’IA c’est dangereux”. L’idée, c’est de donner aux organisations des repères communs pour décider lucidement. » (à signer : porte-parole / animateur local)
Car dans la vraie vie, l’IA n’arrive pas comme un projet “propre”. Elle arrive souvent par la bande : un collaborateur teste un outil, un autre copie-colle un document, un service commence à générer des contenus… parfois sans cadre, ni règles, ni réflexion sur les impacts.
Confidentialité, biais, responsabilité : les questions qui fâchent… et qu’on traite enfin
Ce qui frappe les participants, c’est souvent le même point : la facilité avec laquelle on peut se tromper. Une IA peut produire une réponse fluide, convaincante, bien écrite… et pourtant fausse. Elle peut inventer des références, simplifier abusivement un sujet, ou reproduire des stéréotypes présents dans les données.
« Les gens ont tendance à faire confiance très vite, parce que la réponse est “bien formulée”. On travaille justement ce réflexe-là : apprendre à vérifier, à questionner, à garder un regard critique. » (à signer)
La Fresque de l’IA aborde aussi des enjeux de plus en plus sensibles dans les organisations :
- la confidentialité (quelles données ne doivent jamais être saisies ?),
- les biais et discriminations (quand l’IA renforce des inégalités),
- la propriété intellectuelle (ce qu’on peut réutiliser, ce qu’on doit encadrer),
- la responsabilité (un outil ne “porte” pas la décision à votre place),
- l’impact environnemental (l’IA n’est pas immatérielle : elle consomme et mobilise des ressources).
“On ne parle pas d’outils, on parle d’usages”
Dans l’atelier, l’IA n’est pas présentée comme une baguette magique. Elle est présentée comme un choix d’organisation.
Choix de l’usage : pourquoi on utilise l’IA, pour quoi faire, avec quelles limites.
Choix du cadre : charte interne, règles de confidentialité, processus de validation.
Choix du collectif : comment on évite une adoption à deux vitesses entre “enthousiastes” et “réfractaires”.
« Souvent, ce qui bloque, ce n’est pas la technologie. C’est l’absence de cadre, et la difficulté à discuter sereinement des impacts. La fresque remet le débat au bon endroit. » (à signer)
Une démarche réservée aux organisations humaines
Important : La Fresque de l’IA ne s’adresse pas aux particuliers, ni à un public scolaire comme une option au lycée. Elle est conçue pour les organisations humaines : entreprises, collectivités, administrations, établissements publics, associations, fédérations, structures de formation.
L’objectif est clair : aider une organisation à se préparer collectivement, avant d’industrialiser des usages ou de déployer des outils à grande échelle.
« L’IA peut aider, mais elle peut aussi fragiliser une organisation si elle est intégrée sans réflexion : erreurs, perte de confiance, risques juridiques, tensions internes. La sensibilisation, c’est une mesure de prudence. » (à signer)
À Lorient, une première étape avant une feuille de route
Cette première proposition de La Fresque de l’IA à Lorient s’inscrit dans une logique simple : acculturer avant d’accélérer. Comprendre avant de déployer. Mettre des mots sur les enjeux avant de transformer des pratiques.
Car à l’échelle d’une organisation, l’IA ne se résume pas à une technologie. Elle touche au cœur : le travail, la décision, la confiance, la responsabilité.
Et c’est peut-être là l’essentiel : reprendre la main.